En matière d’attentats terroristes, un plus un ne font pas deux mais bien plus

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Photo : Boris HORVAT/AFP

La gravité d’une situation « libère » régulièrement les idées. Le choc provoqué par les attaques terroristes de ces derniers mois amène à réfléchir sur certains sujets qui, visiblement, ne devraient pas seulement appartenir à l’Etat. Certes, il est plus facile aujourd’hui qu’hier de dire que nous vivons dans un monde nouveau avec des projets de réponses anciens. Mais la facilité n’est pas forcément l’ennemi de l’utilité ! Car comme le dit Dominique Morsi, en matière d’attentats terroristes, un plus un ne font pas deux mais bien plus.

Avoir le réflexe de ne plus avoir certains réflexes

Réfléchir, aujourd’hui objectivement plus en réaction qu’en suivant une stratégie bien pensée, c’est au moins se dire qu’une action est engagée. Mais cette action doit être pensée comme une opposition radicale au « réflexe myotatique du gouvernement » : à chaque coup porté sur le genou de l’Etat, il semblerait que la jambe réagisse instinctivement et indéfiniment de la même manière. S’il est certainement très dur d’aller contre l’instinct, il doit pouvoir être envisagé de remettre en cause le « indéfiniment » !

L’idée n’est pas de déshumaniser les réponses de notre société et de ses gouvernements à la triste ambiance qui se généralise. Mais de garder en tête ce que soulignait Camus, qu’« il faut d’abord sauver les corps ». Voilà ce qui rend l’exercice difficile.

Des jockers illimités ?

Le terrorisme des années 2000 n’est pas celui de Daesh. La qualification des cibles et la préparation des attaques ont laissé place depuis quelques années à la quantité et à la surprise. Et bien qu’il y en ait parfois des belles, les surprises renvoient généralement vers une certaine frustration de ne pas les avoir anticipées. Tragiques, celles de Daesh se sont multipliées ces derniers mois, dans ce qui ressemble à tout sauf à un jeu, avec pourtant des jockers quasiment illimités de la part du gouvernement.

Si Daesh devait être comparé à une start-up, il serait l’ensemble des GAFA réunis. Car plus qu’étendre au plus grand nombre un service, l’organisation déploie à travers le monde une idéologie et un mode de fonctionnement correspondant. Cette mode du logo noir sert d’appui au déséquilibre des terroristes qui, au vu du point de non retour de leur vie sociale, aurait fini par tomber d’un côté ou de l’autre, simplement d’une autre manière.

Vers une taqyia à la française

Il est essentiel de garder en tête que les actions terroristes réalisées sur le sol français ne sont qu’un mimétisme des actions des soldats du califat sur les terrains d’opération, principalement en Syrie et en Irak. Dans le cas de Daesh, le mimétisme appelle à la surenchère, et c’est probablement la plus grande force de l’organisation. Mais cet opportunisme djihadiste ne doit en aucun cas venir altérer les capacités d’anticipation des personnes compétentes, pas plus que celles de tous ceux s’impliquant dans l’exercice de réflexion.

Que ce soit par le biais d’assassinats à l’arme blanche à Saint Quentin Fallavier et à Saint Etienne du Rouvray, de l’utilisation d’un véhicule à Nice, de ceintures d’explosifs au Stade de France, d’armes de guerre le 13 novembre ou d’une voiture piégée à Paris (tentative avortée), les attaques terroristes sur le sol français depuis plusieurs mois ne sont que la plus (trop) simple copie de celles commises là où il y avait à priori beaucoup trop de kilomètres pour atteindre un pays comme la France.

Loin géographiquement donc, mais également loin idéologiquement. Car le recul n’a pas été suffisamment pris fin 2014 quand, presque simultanément à Tours, Nantes et Orléans, des attaques au camion ou à la fourgonnette étaient « seulement » attribuées à des déséquilibrés. Aucun doute sur le profil de ces auteurs en effet, mais la ruse et le dynamisme auraient dû permettre de transformer ces signaux faibles en de nouveaux réflexes.

Adrien Loriller

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