Madagascar, un pays pauvre qui doit communiquer sur ses richesses !

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Le 10 février dernier, la Banque mondiale accordait à Madagascar un nouveau prêt, l’« IDA Turnaround Facility », d’un montant de 690 millions de dollars sur 3 ans[1]. La 5ème plus grande île de la terre est ainsi l’un des deux premiers pays africains (avec la Guinée-Conakry) à bénéficier de ce nouveau mode de financement de la Banque mondiale, principalement dédié au pays les plus pauvres du monde. Si Madagascar est effectivement un pays très pauvre, où 9 malgaches sur 10 vivent toujours avec 2 dollars par jour, il existe un paradoxe relativement propre à ce pays : ses richesses sont immenses mais semblent être oubliées aux yeux des investisseurs étrangers, que ces derniers soient publics ou privés. Comme le précise l’institution bancaire mondiale, « seuls les gouvernements ayant démontré leur volonté à engager des réformes, en particulier dans la lutte contre les sources de fragilité, peuvent bénéficier de ce nouveau mode de financement »[2]. Un message envoyé à l’État malgache l’incitant enfin à sortir de l’ombre ?

Des doctrines politiques successives limitant le développement du pays

La République de Madagascar, dont le premier gouvernement autonome se met en place en 1958, est deux ans plus tard l’un des premiers pays de l’Océan Indien à gagner son indépendance. Rapidement, le pays va chercher à se construire autour de choix politiques variés, parfois diamétralement opposés.

Dans les années 1970, le régime malgache tient une ligne officiellement socialiste en s’alignant sur la stratégie du bloc soviétique. La nationalisation des entreprises et le désir de « malgachisation » de l’économie du pays s’inscrivent ainsi comme premier mode de gouvernance.

Plus tard, dans les années 90, une tentative de transition libérale voit le jour pour adapter officiellement la constitution socialiste de Ratsiraka aux réalités libérales auxquelles doit faire face le pays. Cette initiative, lancée entre 1991 et 1993, sera perçue comme un échec politique, aboutissant déjà si peu de temps après son indépendance à un recul de l’économie du pays.

Avec l’arrivée au pouvoir de Marc Ravalomana en 2003, une véritable volonté de sortir d’une dépendance française apparaît, en coupant avec les vestiges du colonialisme. Cette nouvelle initiative politique impliquera notamment la sortie du franc pour l’adoption d’une monnaie locale, l’Ariary. Cette « ouverture sur le monde » va être vécue comme une menace et les critiques internationales, principalement de la part des partenaires historiques que sont la France et les indous, voient le jour. Critiques qui, associées au retard accumulé par l’île depuis 50 ans, installent durablement Madagascar aux dernières places du classement des pays les plus développés mais également dans les esprits de ses potentiels partenaires économiques.

Un « nouveau renouveau » pour attirer les investissements ?

Selon le FMI, le principal frein à la croissance de Madagascar est l’économie informelle qui représente d’après l’économiste Rajaonson 700% de l’économie du pays[3]. Cette économie est due à l’activité professionnelle à la sauvette des familles pour survivre, à l’organisation de nébuleuses mafieuses dans le trafic d’espèces protégées de la faune et de la flore et de la non déclaration aux douanes de certaines ressources exportées.

Parmi les plus faibles du monde, les recettes fiscales du pays sont le résultat d’un double problème structurel de Madagascar depuis son indépendance : d’une part la multiplication des modes de gouvernance qui incitent indirectement la population à ne plus attendre les directives du pays et à organiser plusieurs marchés parallèles et d’autre part l’absence de stratégie d’émancipation de l’île auprès des investisseurs internationaux.

Bien que cette deuxième dimension soit corollaire de la première, il semble aujourd’hui inconcevable de ne pas penser au développement d’un pays sans mettre en place une stratégie de communication autour de ses spécificités et de ses possibilités. Si la diplomatie économique française fonctionne de plus en plus depuis quelques années, c’est également grâce à la stratégie de communication établie comme support du travail des diplomates aux quatre coins du monde. Un plan que Madagascar se doit d’associer à sa prochaine grande échéance, la création d’une nouvelle constitution sous la IVème République.

Les principes directeurs de cette constitution seront étudiés dans le cadre d’un régime républicain, fondé sur l’égalité des citoyens, la souveraineté populaire, l’Etat de droit et la séparation des pouvoirs. En effet, pour les dirigeants actuels, la Monarchie serait responsable des inégalités sociales et particulièrement de l’esclavage et des graves violations des droits de l’homme, d’où le souhait d’aboutir à une constitution régissant une République. Le grand enjeu de la nouvelle constitution s’apparente donc à garantir une stabilité politique en essayant d’éviter toute contestation électorale. Une première étape dans l’instauration d’un climat de confiance qu’il est nécessaire de médiatiser afin que les mentalités autour de Madagascar évoluent dans le bon sens.

Quand discrétion ne rime pas avec émancipation

En 2015, Madagascar a assisté à une légère reprise de la croissance de son PIB, ce qui découle en partie de la mise en place de son nouveau gouvernement. La priorité de l’État malgache est d’atteindre dans les années à venir une croissance comprise entre 5 et 7% pour s’inscrire dans la même dynamique que les autres pays d’Afrique de l’Est tels que l’Ouganda, le Kenya, le Mozambique ou la Tanzanie. Parmi les axes de développement prioritaire de la République de Madagascar, le tourisme, les investissements miniers, l’agribusiness et les technologies de l’information et de la communication semblent être mis en avant par le gouvernement.

Si Madagascar peut s’appuyer dans les années à venir sur ces secteurs d’activités prometteurs, il conviendra au gouvernement en place de penser plus grand. Aujourd’hui, le Kenya ou le Mozambique attire un nombre bien plus important d’investisseurs effectivement parce que la croissance est meilleure que sur l’île, mais également parce qu’un effort de visibilité, sur le continent africain mais bien au-delà, est proposé aux yeux de tous.

À trop communiquer, il arrive régulièrement d’être contre-productif. La publicité mensongère est aujourd’hui vite dénoncée par les réseaux sociaux. Mais à l’inverse, l’absence de stratégie de communication pour porter les grands chantiers du pays peut donner l’impression que les efforts entrepris ne sont pas récompensés. Les avancées du gouvernement malgache, tant d’un point de vue politique que social ou même économique, permettront à très moyen terme de garantir aux bailleurs de fonds étrangers la stabilité nécessaire à des investissements conséquents et structurels.

En cela, le prêt qui vient d’être accordé par la Banque mondial à Madagascar est un signe fort et d’autant plus positif pour le développement du pays.

Adrien Loriller et Yann Kasay

——Notes de bas de page ——

[1] Madagascar: 690 millions de dollars alloués par la Banque mondiale, 11 février 2016, RFI.fr

[2] La Banque mondiale promet à Madagascar 690 millions $ sur 3 ans, sous condition, 12 février 2016, Agence Econfin.com

[3] Cercle des économistes de Madagascar

——Sources complémentaires —— 

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