Accord sur le nucléaire iranien : « c’est maintenant ou jamais »

REUTERS - Carlos Barria
REUTERS – Carlos Barria

Annoncé en grande pompe le 2 avril dernier, l’accord cadre sur le nucléaire iranien devait être présenté dans sa version finale ce mardi 30 juin. Pourtant, après plus de 20 mois de négociations bilatérales et multilatérales, l’Iran et les membres du Groupe P5+1 (États-Unis, France, Chine, Russie, Royaume-Uni et Allemagne), se sont accordés … pour prolonger les discussions jusqu’au 7 juillet.

Point de panique s’il en est, c’est un Mohammad Javad Zarif, tout sourire qui déclarait à son retour de Vienne « je me dois d’espérer » ; une allusion à peine voilée aux millions d’iraniens qui subissent chaque jour les sanctions économiques imposées par la communauté internationale.

Avant lui, le Président américain, Barack Obama, rappelait que le « cadre fixé à Lausanne début avril est le bon (…) et les Iraniens doivent s’engager à le respecter, car je n’hésiterais pas à quitter la table des négociations si ce n’est pas le cas », avant d’ajouter, non sans une pointe de pragmatisme, « en réalité la balle est dans le camp des Iraniens ».

C’est une réalité. L’Iran a trop souvent joué de stratégies disruptives durant ces mois de discussions. Et si en coulisses les négociateurs s’activent jour et nuit pour parvenir à un accord final, nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour demander aux dirigeants iraniens de revoir à la baisse leurs exigences.

Une situation qui n’a que trop durée

Les pays occidentaux le savent bien, l’Iran est de ses pays dont le positionnement géostratégique est on ne peut plus dur à identifier. Tantôt qualifié d’État terroriste, tantôt allié contre l’État islamique, les dirigeants du P5+1 ne savent plus sur quel pied danser avec ce pays dont la fierté et les ambitions régionales l’emportent sur le reste. Alors quand le Guide Suprême prend la parole pour inciter ses négociateurs à ne pas tomber dans le « piège occidental », ce sont les diplomates qui tremblent dans les couloirs du Congrès américain et du Quai d’Orsay, de Lausanne à Vienne ; car toutes prises de paroles d’Ali Khamenei, viennent renforcer un peu plus l’enlisement de ces négociations.

Les négociateurs ne sont pas les seuls à souhaiter la fin de ces pourparlers. Au matin du 30 juin, 200 manifestants étaient réunis à Téhéran, pour encourager leurs représentants à trouver un « bon accord ».

Pour Nathalie Goulet, Sénatrice de l’Orne et Présidente de la Commission d’enquête sur l’organisation et les moyens de la lutte contre les réseaux djihadistes en France et en Europe, « les décisions doivent être actées au plus vite ». Précisant qu’un près-accord ayant était trouvé « la situation ne mènerait qu’à un rétropédalage des deux parties, confortés par leur statut quo. La date buttoir du 30 juin étant maintenant révolue, le temps joue contre l’Iran. Il ne faut pas oublier que l’Iran à mauvaise réputation. Faire durer ces négociations serait contreproductif pour les autorités iraniennes, qui ont trop souvent joué la carte de la prolongation. Et même si pour une fois leurs revendications apparaissent légitimes, toutes tergiversations supplémentaires rappelleraient ce passé et leurs comportements dilatoires. Le 7 juillet, c‘est le moment de signer ».

Et si la bonne étoile d’Ormazd brille au-dessus de la Perse, il ne faudrait pas que le ciel iranien vienne à s’assombrir, rappelle Barack Obama : « si nous ne sommes pas en mesure d’avoir des assurances sur le fait que toutes les voies sont bloquées si l’Iran veut obtenir l’arme nucléaire, si nous ne pouvons pas le vérifier, si les inspections, si les vérifications ne sont pas à la hauteur de nos exigences et bien nous n’aurons pas d’accord. »

Un accord sur fond de désaccords

Alors qu’attendre pour le 7 juillet ? Si les négociations aboutissent enfin, l’accord fixé en avril dernier imposera une baisse de la capacité d’enrichissement d’uranium de l’Iran. Ainsi sur les 19 000 centrifugeuses dont disposent le pays, seulement 6104 pourront rester en activité. Le reste sera détruit ou reclassé avec un contrôle stricte de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA). En réponse à cela, la communauté internationale s’engage à lever progressivement leurs sanctions d’ordre économique et symbolique qui pèse sur l’Iran : embargo sur le commerce des armes, de biens et de services susceptibles d’être utilisés dans le cadre du programme nucléaire iranien, les secteurs financiers et des transports, pétroliers et gaziers, de pétrochimie, des métaux précieux ; etc…

Pourtant se sont les détails techniques d’application de cet accord cadre qui restent encore à définir. Et à ce jeu des négociations, l’Iran peut perdre gros. Ainsi, le P5+1 demandent aux autorités iraniennes d’octroyer à l’AIEA un accès sans limite à ses sites d’enrichissement déclarés, ainsi qu’aux différents sites militaires (ex: le site de Parchin, inaccessible depuis 2005). Toujours dans le but d’offrir une visibilité accrue aux observateurs occidentaux et prouver le bien-fondé de leur programme nucléaire, l’AIEA demande un accès complet aux travaux de l’équipe du professeur Mohsen Fakhrizadeh-Mahabadi, soupçonné d’être initiateur du projet nucléaire militaire iranien.

C’est sans surprise que l’Ayatollah Kameini s’y est opposé, demandant de surcroit une levée immédiate des sanctions après la conclusion de l’accord, et la réduction de la durée observable de cet accord, initialement portée sur au moins 10 ans par la communauté internationale. Une position qui pourrait renvoyer l’Iran au banc des pays indésirés.

Le rapport qui pouvait tout changer

Finalement, le rendez-vous est pris pour mardi 7 juillet, une date qui, force est de le rappeler, arrangerait l’exécutif américain, puisque deux jours plus tard, c’est le Congrès qui sera en charge de l’examiner. Comme le rappelle Yves-Michel Riols, envoyé spécial à Vienne pour Le Monde, « si cette date est dépassée, l’examen de la demande de la présidence pourra durer 60 jours au lieu de 30. Un scénario risqué car les adversaires (sénateurs américains) d’un accord auraient alors d’avantage de temps pour faire dérailler le processus« [1].

Pourtant le 1er juillet, le Président de l’AIEA, Yukiya Amano, présente à Vienne son dernier rapport mensuel. Dans ce dernier, l’AIEA juge satisfaisant l’effort de l’Iran au sujet de son stock d’uranium enrichi, celui-ci ayant considérablement baissé à 7537 tonnes. Cette tendance tend à confirmer les engagements pris par l’Iran dès le début des négociations avec ses partenaires occidentaux.
Quand bien même l’effort consenti est légèrement en deçà des prévisions de l’accord intermédiaire signé en novembre 2013, l’Iran rentre dans la dernière ligne droite de ses négociations, avec à la clef, les mesures qui permettront de replacer le pays au centre stratégique de sa région et lever l’embargo économique qui pèse sur sa population.

Mais plus que cela, cet accord marque aussi un rendez-vous pris avec l’Histoire. Dans une actualité intense au Proche et Moyen-Orient, sa signature viendrait à redonner un peu d’espoir à cette région frappée par l’extrémisme. Rappelant, vendredi 3 juillet, les engagements de l’Iran dans la lutte contre le terrorisme, Mohammad Javad Zarif expliquait être « prêt à ouvrir de nouveaux horizons pour affronter les défis importants et communs. Aujourd’hui, la menace commune est le développement de l’extrémisme violent et de la barbarie sans limites« .

Thomas Alves-Chaintreau

—— Note de bas de page ——

[1] Yves-Michel Riols, Nucléaire iranien : le compte à rebours a commencé, 30 juin 2015, LeMonde.fr

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