Archives : Vol MH-17, un cas isolé ? – Vol 665 d’Iran Air (3)

Alors que les recherches sur les lieux du crash du vol MH-17 sont suspendues depuis le mercredi 6 août 2014, conséquence des affrontements entre opposants pro-russes et Ukrainiens, nous vous proposons une fouille dans les archives de l’Histoire internationale : Vol MH-17, un cas isolé ?

Au travers de ces trois petites histoires, nous vous invitons à découvrir avec nous que de telles catastrophes ont pu survenir auparavant, et ce, toujours dans des contextes diplomatiques extrêmement tendus.

1. La Tragédie d’Ustica

2. Le Vol KAL 007 de la Korean Airlines

3. Le Vol 665 d’Iran Air

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1988 : Vol 665 d’Iran Air

Le 3 juillet 1988, l’Airbus A-300 de la compagnie Iran Air décolle de Bandar Abbas, ville portuaire du Golf Persique, avec 27 minutes de retard sur son heure prévue. Avec quelques 290 passagers à son bord, dont 66 enfants, ce vol est censé relié les capitales de Téhéran et de Dubaï.

Lorsque l’avion s’envole de l’aéroport international qui stationne l’aviation civile et militaire iranienne, il ne reste que 30 minutes de trajet à accomplir. Afin de rejoindre sa destination finale, le moyen-courrier doit longer le détroit d’Ormuz en traversant le Golfe Persique.

Depuis 1980, le conflit irano-irakien déstabilise la région. L’US Army est présente en mer afin d’assurer la protection des navires pétroliers en transit. L’Iran et les États-Unis sont déjà ennemis depuis la chute du Shah d’Iran

Au moment précis où le vol 665 décolle, plusieurs escarmouches ont lieu dans le Golf Persique. Des navires iraniens ouvrent le feu sur un bâtiment de la Navy,  USS Elmer Montgomery, qu’ils considèrent alors comme une menace. Appelé en renfort, l’USS Vincennes, autre croiseur américain, est envoyé sur les lieux, précédés d’un hélicoptère multimissions, le Sikorsky SH-60 Seahawk, censé renseigner les positions iraniennes.

Le fameux bâtiment marin est équipé d’une toute nouvelle technologie de radar, l’Aegis Ballistic Missile Defense System (1), d’une performance alors inégalée. C’est grâce à cet engin de détection que l’armée américaine repère un objet aérien non identifié en approche. Ce dernier vol à une hauteur basse de 14.000 pieds soit environ 3400 mètres au-dessus de la mer. Selon les indications des aiguilleurs, un avion militaire iranien a décollé de l’aéroport de Bandar Abbas il y a peu. Il s’agirait d’un F-14 Tomcat de l’armée iranienne (2). Identifié à 80 kilomètres du navire américain, le capitaine de bord, William Rogers, demande l’autorisation de tirer sur l’avion en approche.

Deux missiles RIM – 66 SM-2MR visent la trajectoire de l’avion puis sont tirés afin d’abattre la menace militaire iranienne rapprochée maintenant à 20 kilomètres du bâtiment américain. La course des missiles commence et le capitaine est averti de l’erreur que les aiguilleurs viennent de commettre. Peu familiarisés avec le système technologique Aegis, ils ont confondu les traces aériennes de deux avions : un avion militaire iranien F-14 ayant décollé quelques minutes après un avion civil de la compagnie Iran Air. Et c’est ce dernier que les missiles viennent de cibler.

Immédiatement le capitaine tente une liaison radio avec l’Airbus A-300, le canal militaire ne fonctionne pas, ils joignent alors le réseau d’urgence civile et essayent d’informer le vol civil d’un impact imminent. Les commandants de bord du vol iranien ne peuvent être prévenus que si la fréquence du contrôle du trafic aérien les informe.

L’impact est constaté et l’avion explose en plein vol avant de s’abîmer en pleine mer.

La nouvelle technologie américaine est mise en cause, mais l’erreur commise est aussi due au retard pris par le vol 665 sur son heure d’atterrissage prévu, coïncident avec l’envol d’un avion de chasse iranien. Si l’équipage de l’avion civil avait eu accès aux messages d’urgence, ceux-ci auraient pu le négliger puisque le vol n’étant qu’a des fins purement commerciales.

Les conséquences diplomatiques sont extrêmes entre les deux pays, quand bien même les États-Unis sont peinés par les peines humaines , le Vice-Président américain George W. Bush père, refusera publiquement de s’excuser pour cette bévue militaire et de reconnaître le massacre de cette attaque devant le United Nations Security Council, à la demande du ministre des Affaires étrangères iranien, Ali Akbar Velayati.

Dans la mémoire des Iraniens, ce refus de reconnaître cette erreur militaire, restait un devoir moral auquel les Américains ne pouvaient déroger. En 1996, l’affaire est portée devant la Cour internationale de Justice. Les États-Unis jugés coupables acceptent de verser 131,8 millions de dollars à titre de préjudice moral auprès des familles des victimes du vol 665.

Si aujourd’hui les relations entre l’Iran et les États-Unis ont singulièrement évolué autour des négociations sur la régularisation du nucléaire civil iranien, et ce, dans le cadre des pourparlers du G5 + 1, ces deux pays influant dans la région ne sont pourtant pas les meilleurs alliés du monde. Les récentes crises en Irak et dans la bande de Gaza sauront-elles rapprocher deux acteurs essentiels des relations au Moyen-Orient ?

Pour approfondir le sujet :

The forgotten story of Iran Air Flight 655, Max Fiher pour le Washington Post, 13 octobre 2013

Iran Falls Short in Drive at U.N. To Condemn U.S. in Airbus Case, Fox Butterfield, Archive du New York Times, 15 juillet 1988

Thomas Alves-Chaintreau

(1) Aegis est le nom du bouclier de Zeus.

(2) L’avion Grumman F-14 Tomcat est particulièrement célèbre pour avoir été immortalisé dans le film Top Gun.

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